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309 - WIFI SUR PLAGE

Enfin, la wifi débarque sur les plages

Les temps sont difficiles. Je ne vais pas dresser la liste pour ne pas accabler. Mais quand même. Entre le chaos climatique, l’empoisonnement chimique, l’irradiation tous azimuts, les attentats, la torture animale, la faim dans le monde, on peut rêver mieux dans le genre progrès universel.
Heureusement, il arrive que l’actualité nous réserve une belle surprise. Tout semblait perdu et à nouveau, on se reprend à espérer. A nouveau, la confiance revient. La civilisation en laquelle on ne croyait plus retrouve grâce à nos yeux. images

Ce jour de grâce est arrivé. Après la découverte du feu, l’âge de la pierre polie et l’invention de l’écriture, après le grand débarquement du 6 juin 1944, la wifi débarque sur nos plages !
Parce que bon. Soyons sérieux deux minutes. S’il y avait une chose insupportable ici-bas, c’était bien d’être déconnecté entre deux baignades. Perdre le lien avec le monde entier le temps d’un bronzage. Etre face au vide sidéral d’un écran, seul au milieu de ses semblables, désœuvré, à tenter une ultime connexion qui donne enfin un sens à l’existence.
Grâce à nos ingénieurs, grâce à nos élus, plus de rupture de lien. L’attractivité de nos territoires a de beaux jours devant elle. Les Landes ouvrent la voie de la wifi gratuite pour leurs estivants. A n’en pas douter, les autres régions vont suivre. Bientôt, on pourra classer chaque station balnéaire par ordre de connexion, de nombre de barrettes, de 4G, 4G+, 5G, de smiley...
Une innovation arrivant rarement seule, demain, où que l’on soit, vous verrez que la wifi sera garantie jusque dans les eaux profondes de nos océans. Un plus indéniable pour la compétitivité mondiale de notre littoral. Et bientôt, le tuba intelligent pour continuer à causer à son smart-téléphone, le masque connecté pour les images, la paire d’oreillettes sans fil pour le son… La fracture numérique entre les baigneurs et les non-baigneurs en passe d’être abolie. Un grand pas pour l’humanité.
En attendant, on peut désormais continuer à travailler tout en profitant de ses vacances à la mer. On peut surfer non stop entre deux vagues, partager ses selfies que le monde entier brûle d’impatience de découvrir. On peut twitter, liker, se googeliser le nombril en long, en large et en travers, se faire de nouveaux amis sur le web… Cette avancée majeure vaut bien quelques petits désagréments, non ?

Que les ondes soient cancérogènes possibles comme le glyphosate et autres délices du genre,
Qu’elles altèrent nos fonctions cognitives, notre sommeil, notre immunité, la communication entre nos cellules, nos rythmes biologiques, la barrière qui protège notre cerveau…
que les électro-sensibles doivent fuir un lieu – un de plus – et renoncer aux baignades dans l’eau de mer qui fait tant de bien,
que ces technologies dévastent des territoires avec leurs mines de métaux rares,
que leurs déchets empoisonnent des êtres humains,
qu’elles gaspillent une énergie précieuse et soient climaticides,
qu’elles produisent des millions de victimes de guerres menées pour le contrôle des ressources,
qu’elles fassent de nous des autistes incapables d’être présents au monde, aux autres et à nous-mêmes,
qu’elles étendent toujours plus leur emprise sur nos vies surveillées, contraintes et dépendantes…
Après tout, le bénéfice est tel – rester connecté en se dorant l’épiderme sur la plage – qu’il compense tout le reste, n’est-ce pas ?
Alors allons-y gaiement. Continuons à plébisciter nos « gadgets de destruction massive » (lire ou relire les excellentes analyses de Pièces et Main d’œuvre). Ecrivons à nos chers élus pour les féliciter, votons pour eux tant que nous y sommes. Pratiquons l’obéissance civile en toutes circonstances. Ayons la servitude joyeuse !  
 Frédéric Wolff