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Bonjour/Bonsoir !

Jean s'en est allé et vous donne rendez-vous mardi 19 novembre à 14h30 pour un dernier rassemblement à la salle polyvalente de Kergrist-Moëlou (22110).

Je vous retranscris la dernière missive que de nombreuses personnes ont reçue il y a quelques temps.

Kenavo Jean et bises à toute la famille.

Mick

Epilogue

Chers amis bonjour.
En cette belle fête de Pâques où les fourmis roucoulent, je vous donne quelques nouvelles :
J’ai vendu ma gentilhommière de Glomel qui, au fil du temps et de mes créations foutraques, était devenue une caverne d’Ali Baba.
Grignoté de partout par un crabe très malin –même si, pour le calmer, je lui accorde encore quotidiennement sa petite ration de miel ou de confitures- je me traîne, depuis peu, en chaise roulante et morphine, au Cèdre, Ephad diocésain de St Brieuc, qui, en pénurie de vieux curés, accepte désormais des civils, des femmes, des mécréants et des parpaillots – devinez à quel catégorie j’émarge ?- Les vieux curés  (environ la moitié des pensionnaires de l’Ephad) n’ont jamais trop été dans la performance ou la compétition. Ça repose.

 Un personnel dévoué est aux petits soins pour nous. Ce n’est d’ailleurs qu’un retour aux sources  : 2,3 années de grand séminaire à la fin des années 50 (ce qui me fait connaître beaucoup de monde ici)  et ensuite 10 ans chez les dominicains au couvent de la Tourette, construit près de Lyon par Le Corbusier- Je les remercie tous de ce compagnonnage. J’en suis sorti avant mes voeux, agnostique, mais tolérant. J’aurai pu être êvèque
Je peux enfin faire lève rames en savourant l’inversion des valeurs prônées par le sermon sur la montagne (les Béatitudes) dont l’église semble avoir égaré le texte. François est sur la piste.

 Gorgé de morphine, à en faire pâlir Verlaine ou Raimbaud, j’en suis à mon dernier ricochet avant de faire plouf, ce qui est aussi une image très poétique, et ai demandé à bénéficier de la loi Leonetti (2016) sur la fin de vie, ce que chacun d’entre vous peut faire aussi, l’Ankou frappant aussi bien à la porte des jeunes que des vieux. Au passage : essayez de choisir une “personne de confiance” à l’extérieur de la famille, ce qui, sur la toute fin, au moment de décider une augmentation de la dose pour calmer la douleur, épargnera à vos proches lar responsabilité d’une décision difficile (cf affaire Lambert).

 “Je vais aux fleurs la paix dans l’âme” et, avant d’exploser, telle une étoile ( que ne suis pas) en quelque galaxie –je ne sais trop laquelle… il y en a des milliards, mais aucune ne s’éteint progressivement, elles éclatent dans une débauche de lumière-, je tiens à vous remercier pour cette rencontre, ancienne ou récente, éphémère ou profonde, tendre ou orageuse, avec vous.  “Rien ne se perd, tout se transforme” (Lavoisier)

 J’ai pris mes dispositions : Hermès, le messager du Dieu Internet, vous apprendra bientôt mon envol, à la page d’accueil de mon site (allez voir de temps en temps, l’adresse est plus bas) ou sur le journal. La petite cérémonie de départ aura lieu à la salle des fêtes de Kergrist-Moëlou, ma commune natale, avec mise en terre au cimetière de Saint Lubin. Excusez-moi de ne pouvoir encore vous donner le jour et l’heure précises. Rengainez vos peurs et vos pleurs, cet envol se voudra joyeux.

 En ouvrier consciencieux (?), j’espère auparavant terminer deux bouquins dont je ne verrai pas la publication :
”Guide secret des Monts d’Arrée”, dont la sortie aux éditions Ouest-France est prévue pour le printemps 2020.
”Tango avec l’Ankou”, une chronique posthume, plutôt gaie, qui ne sera publiée qu’après ma mort aux éditions Montagnes Noires (éditeur des Bagnards, mon best seller).

 …Au total une trentaine de bouquins dont il ne restera rien. Pourquoi s’en faire ? La vie sans moi continuera… un certain temps seulement, car se profile à l’horizon, pour dans une quinzaine d’années prédisent certains scientifiques, ce collapsus, qui fait écrire à Yves Paccalet, adjoint du commandant Cousteau, “L’Humanité disparaîtra, bon débarras”. Pardonnes-moi, chers petits enfants d’être si cynique en vous laissant un monde aussi pourri.

 “Vanité des vanités, tout est vanités…” (livre de la Sagesse)

 NB
-1-Je n’ai pas bien vérifié mes listes d’adresses, à part celle de Yann Fanch Kemener, que j’ai supprimée, croyant qu’il était mort. Veuillez m’excuser des quelques doublons.
-2-Ne me téléphonez pas : la morphine n’a pas amélioré mon audition. Je ne me vois pas non plus répondre à plus de 800 mails. À raison de 2 par jour (ma capacité actuelle, car mes yeux s’embrouillent et je m’endors sur le clavier)  j’y serais encore dans un an, sans pouvoir donner priorité à mes proches.
-3-Vous pouvez faire suivre ce courriel à qui vous voudrez.

 Jean Kergrist